Il était une fois une petite fille, que l'on disait mi-ange, mi-fée, et qui s'appelait Perle. L'histoire de perle, je sais maintenant qu'elle est imaginaire... Mais quand
je l'ai entendue pour la première fois, j'avais six ans, et c'est mon arrière grand-mère, âgée à l'époque de quatre-vingt-dix-neuf ans, qui me l'avait racontée... C'était mon cadeau
d'anniversaire de la part de cette aïeule, qui mourut peu de temps après... Et c'est sans doute parce que je fêtais mes six ans, que la petite fille de l'histoire avait elle aussi six ans...
Mon arrière grand-mère m'avait précisé, je me le rappelle, que c'était un maître de cérémonie, qui travaillait pour un prince anglais, qui la lui avait racontée... Sans doute voulait-elle donner encore plus de mystère à son histoire... Et moi, du haut de mes six ans, je crus
que Perle existait vraiment. Il faut vous dire que mon arrière grand-mère était une conteuse hors pair!
A mon tour, je vais essayer de vous la raconter, en l'agrémentant de tous les détails qui ressurgiront de ma mémoire.
Cette petite fille donc, nommée Perle, naquit un beau jour d'été, à l'heure où le soleil était à son zénith, et malgré cela, il ne faisait ce
jour là, que trente degrés en plein midi... Sa mère, la fée Jacinthe, protectrice de toutes les espèces végétales de la forêt, avait accouché au
beau milieu d'une clairière, à l'abri des regards, sous un chêne centenaire, sur un lit fait de mousse et de feuilles, et sous la protection de
son bien-aimé, l'ange Sylvestre, protecteur de tous les animaux de cette forêt magique et merveilleuse.
Ce jour là, la clairière où Perle vit le jour, fut recouverte de jacinthes bleues, et une source aux reflets gris argentés, jaillit, aussi pure
que du cristal...
Quelques jours plus tard, l'ange Sylvestre organisa une grande réception pour fêter l'enfant nouveau-né, car c'était un enfant né de l'amour, un
être pur et immaculé, conçu pour propager autour de lui, amour, paix et harmonie...
Toutes les fées, tous les elfes, ainsi que toutes les autres créatures magiques et bienveillantes qui habitaient dans la forêt, assistèrent à cette grande fête, qui dura trois jours et trois
nuits, et durant laquelle tous se régalèrent de saveurs plus sublimes les unes que les autres, et jusque là inégalées... Ils dansèrent sans s'arrêter, et même la nuit, car des milliers de lucioles se rassemblèrent pour offrir leur lumière aux convives qui purent continuer à s'amuser. Il y avait une balançoire accrochée à une branche du vieux chêne, et même un plongeoir fut installé, pour que tous les invités puissent sauter dans l'eau douce de la source...
Même des anges, amis de Sylvestre, qui n'étaient pas descendus depuis des décennies de leur cieux, vinrent assister aux festivités, et offrirent
à l'enfant de la poudre d'or recueillie sur une étoile filante, de l'huile, récoltée d'un fruit extraordinaire, qui ne poussait que sur la cime
de la plus haute montagne dépassant les nuages, et qui devait la protéger de toutes les maladies, et un chat, au doux pelage couleur de prune, qui lui tiendrait compagnie tout au long de sa vie et dont le ronronnement devait l'aider à
s'endormir les nuits d'orage...
Après ces trois jours et trois nuits de chants, de danses et de rires, tout redevint calme dans la forêt, et la vie s'écoula tranquillement durant les six premières années de l'existence de
Perle. Son père s'éloignait souvent pour accomplir ses devoirs d'ange, et sa mère, durant la journée, se transformait en biche pour ne pas être
vue par les mortels...
Mais un jour, un horrible jour, alors que Sylvestre était parti, un chasseur vit la biche, la visa de son fusil, et tira sans hésiter! Une seule
balle, en plein poitrail, fut fatale à Jacinthe, qui aussitôt se retransforma en fée... L'homme crut à de la sorcellerie, et fuit à toutes jambe la forêt en émoi, pour ne plus jamais y remettre
les pieds. Sylvestre ayant entendu le coup de feu, se précipita, mais il était déjà trop tard, et il ne put que recueillir le dernier soupir de
sa bien-aimée. Voyant sa belle robe blanche, maculée de rouge écarlate, l'ange malheureux fut inconsolable, et sur le coup de l'émotion, fut
envahi par une rage folle... Alors, voyant ses mains couvertes du sang de Jacinthe, il prit un stylet, se fit une entaille dans le creux de sa
paume, empoigna Perle par le bras, et de nouveau fit une entaille dans le creux de la paume de la fillette, puis en mêlant leurs sangs à tous les trois, il hissa Perle à la force de ses bras et
la présenta à tous ceux qui étaient là, impuissants, et fit le serment de venger la mort de la fée des plantes. Puis, il prit un parchemin, trempa une plume d'oie dans le sang de Jacinthe, et
écrivit à l'encre rouge et indélébile ces mots effrayants:
"Par ce document, je transmets à ma fille Perle,
le pouvoir de défendre par tous les moyens tous les êtres vivants de cette forêt, tombeau de sa mère et de ma bien-aimée! Qu'elle reste à jamais l'enfant qu'elle est aujourd'hui, et qu'elle
hante ces lieux pour l'éternité!"
Puis il plaça le parchemin dans un creux de l'arbre centenaire...
Et c'est ainsi que cette forêt devint le théâtre d'étranges phénomènes. Plus personne de ceux qui connaissaient la légende, n'osa s'y promener
seul.
Et encore de nos jours, certains racontent qu'ils ont aperçu la fillette, accompagnée d'un chat à la fourrure couleur de prune, errant dans les chemins de la forêt, aux alentours d'une
clairière recouverte de fleurs bleues, au centre de laquelle un chêne sans âge saignait et teintait de rouge l'eau d'une
source...