Nouvelle proposition de jeu n°38 de
Kildar pour
Ecriture Ludique:
Ecrire une histoire qui commencera obligatoirement par ce paragraphe:
"la petite vielle ratatinée se sentit toute réjouie en voyant ce joli enfant à qui chacun faisait la fête, à qui tout le monde voulait plaire; ce joli être, si fragile comme elle,
la petite vieille, et comme elle aussi, sans dents et sans cheveux."
Et qui se terminera par cette phrase:
"L'étude du beau est un duel où l'artiste crie de frayeur avant d'être vaincu."

"le baiser de l'aïeule" (1892)_ Marbre de Jean Dampt-Venurey.
La petite vieille ratatinée se sentit toute réjouie en voyant ce joli enfant à qui chacun
faisait la fête, à qui tout le monde voulait plaire; ce joli être, si fragile comme elle, la petite vieille, et, comme elle aussi, sans dents et sans cheveux.
Lorsqu' enfin on lui mit l'enfant dans ses bras, son visage s'illumina de joie.
La grand-mère et l'enfant furent immortalisés par un photographe averti, qui sut saisir ce moment exceptionnel.
La grand-mère, émerveillée par le visage angélique de l'enfant, semblait elle-même posséder un visage d'ange à ce moment précis, et, la beauté de cet instant furtif, était désormais figée
sur une image colorée...
Cette superbe photo m'inspira, moi, la modeste artiste peintre, et j'entrepris de reproduire ce que le photographe avait si bien attrapé au vol...
Ce fut après de longues heures laborieuses que mon dessin commença à prendre forme... Je décidais alors de laisser ma famille et mes amis regarder mon travail et dire ce qu'ils en
pensaient...
L'un admirait le visage de la grand-mère, d'où semblait s'émaner une lumière céleste. Un autre trouvait qu'elle ne paraissait pas aussi vieille que sur le modèle, que mon dessin n'était pas
assez fidèle. Un troisième préférait le visage du nourrisson, qui semblait être illuminé par un astre invisible. Un quatrième trouvait, au contraire, que ce nouveau né ressemblait à un petit
vieux tout ridé, et que je n'avais pas su reproduire sa fraicheur... Trop vieux, trop jeune, trop ridée, trop belle... Bref, je ne savais plus quoi penser...
Je décidais de reprendre mon crayon, pour perfectionner mon pauvre dessin, tout en me disant:
"L'étude du beau est un duel où l'artiste crie de frayeur, avant d'être vaincu."